Numéro 06
novembre 2026
Cinéma
Texte
Joseph Catley
imax : à la rescousse du spectacle au cinéma
Avec l’ascension des « Premium Large Format » et du cinéma de luxe, l’expérience vécue dans une salle de cinéma n’est plus le phénomène spectaculaire qu’elle fut autrefois. En revanche, la technologie IMAX veut se démarquer en réinventant le procédé cinématographique. Que faut-il en penser ?
Le prestige du cinéma disparaît-il ?
On se rappellera avec un sourire en 1953, dans le numéro 226 de Paris-Match, le titre de couverture : « Le cinéma va-t-il disparaître ? ». Bien qu’à cette époque le cinéma italien vienne de perdre une bonne partie de son public au profit de la télévision privée, le cinéma européen ne disparaît pas. En réalité, il faut attendre jusqu’aux années 1980 avant que les années de plomb en Italie ne prennent fin et que le cinéma italien n’entre en pleine crise.
On assiste depuis quelque temps à l’essor puis au déclin d’un nombre croissant de cinémas multiplexes en France
En 1982, le réalisateur Federico Fellini déclare dans une interview, donnée par France 2, que le cinéma « a perdu de son autorité, mystère, prestige ». En effet, on assiste depuis quelque temps à l’essor puis au déclin d’un nombre croissant de cinémas multiplexes en France. Dans l’espace d’une décennie, on a vu la fermeture de 30 écrans, faute de fréquentation, à l’avenue des Champs-Elysées de Paris, dont l’UGC Normandie le juin dernier. Deux mois auparavant, on voyait l’aboutissement du cinéma d’art et essai Pathé Gaumont dans le quartier Lille-Sud. Ce dernier a tenté de se distinguer par une installation de 15 salles, dont deux salles spéciales : 4DX et IMAX. En dépit de sa similitude à d’autres modèles « premium » (cf. ScreenX du Kinepolis de Lomme), la technologie IMAX demeure à ce jour inédite dans le multiplexe lillois car celle-ci aurait pour ambition de réinventer l’expérience d’une projection en salle de cinéma.
Quel est l’intérêt du format IMAX ?
Comptant plus de 1772 salles à travers quatre-vingt-dix pays, IMAX est d’abord une corporation technologique canadienne.
Fondée en 1967 sous la dénomination sociale « Multiscreen Corporation », c’est une enseigne qui porte le nom de son format grand écran « IMAX » et qui a voulu défier la norme classique dite « CinémaScope » (2.40 : 1).
Lors de l’Exposition Universelle de 1970 à Osaka au Japon, la corporation canadienne développe un système de projection fondé sur une bande de celluloïd de 70 mm à 15 perforations, soit 9 fois plus grand que la pellicule de 35 mm, où fut diffusé le premier film en format IMAX : « L’Enfant Tigre » de Donald Brittain.

© Shutterstock
Plus tard, IMAX devient une salle en 1971 à Toronto. C’est à ce moment que les bases de ce format hors-norme ont été définies : une image plus haute et moins rectangulaire (1.43 : 1), adaptée à une projection sur des écrans de grande taille.
C’est un médium très coûteux mobilisé par des cinéastes qui aspirent à la plus haute définition d’image jamais conçue
Depuis la fin du XXe siècle, c’est un médium très coûteux mobilisé par des cinéastes qui aspirent à la plus haute définition d’image jamais conçue. Pour cela, ils doivent passer par des caméras gigantesques, bruyants, peu maniables et limitées en nombre.
Dans une production cinématographique, le prix de l’argentique IMAX demeure exorbitant (environ 1500 dollars la minute) car le matériel de tournage, produit par la corporation, est très limité. Il n’y a, par exemple, que huit caméras et environ 740 projecteurs IMAX analogiques dans le monde entier.

Une caméra IMAX qui a volé à bord de la navette spatiale est considéré à l’aller au-delà de la Terre à la galerie Smithsonian National Air and Space Museum, le mercredi 4 avril 2012, à Washington. Cette caméra IMAX et un autre qui flottait dans l’espace est devenue une partie de la collection du Musée Le mercredi. De 1984 à 1998 les deux caméras 70mm dimensions accompagné les astronautes dans 17 missions de la navette spatiale offrant une vue imprenable sur la terre de l’espace et a offert un regard étroit à ce que c’est que de vivre et travailler dans un environnement d’apesanteur. © NASA/Paul E. Jacqmin) caméras IMAX Navette au Smithsonian
En outre, c’est une des raisons que l’on voit fréquemment des systèmes de projection numériques plutôt que des systèmes analogiques.
Depuis 2018, la dernière tendance des salles IMAX s’avère le recours à un « IMAX avec Laser ». Mis au point en 2012, ce système de projection dispose d’une résolution 4K (4096 pixels de large). Selon les sources officielles, ce système, composé de deux faisceaux lasers, bénéficie d’un gain de luminosité de 50 % et des contrastes plus marqués dans la gamme monochromatique.
Mais encore, il faut savoir que le laser transmet beaucoup moins d’informations visuelles qu’un film de 70 mm, ce qui contraste avec les projecteurs IMAX analogiques au xénon qui souffrent d’une dégradation de leur luminosité.
Fini la course à la définition ?
Bien que l’ « IMAX avec Laser » soit un format impressionnant, il ne peut rivaliser avec un film de 70 mm qui détient une netteté insurmontable.

Les différents formats de pellicules de Cinéma © Shutterstock
Ainsi, il convient de noter que le projecteur laser, à l’instar de son homologue au xénon, peut présenter des films à une cadence de 60 images par seconde, dépassant le standard de 24 images.
L’important reste que tout film ait un public
Ces derniers temps, nous avons vu plusieurs films franchir cet horizon technique, notamment dans le film : « Avatar : La Voie de l’Eau » de James Cameron, où ce dernier affirme, dans un entretien de Cinemablend, que le cinéma 3D est beaucoup plus accessible : « S’ils aiment la 3D, il est disponible. Sinon, voit-le en 2D et il sera toujours beau ». Ayant anticipé une sortie en salles « IMAX 3D », la rumeur veut que ce soit le premier chef d’œuvre à maîtriser le HFR (cadence d’images élevée). Mais, l’important reste que tout film ait un public.
Le « Liemax », une arnaque ?
Ce n’est que vers 2002 que le format IMAX va commencer à se frayer un chemin au sein du cinéma hollywoodien. Certaines scènes des films « Harry Potter à l’école des Sorciers » de Chris Columbus (2001) et « Superman Returns » de Bryan Singer (2006) ont été agrandies au format IMAX par le procédé du DMR dit le « Digital Media Remastering ».
En 2008, le film « The Dark Knight » de Christopher Nolan s’est illustré en tournant des scènes avec des caméras IMAX. C’est à cette époque que la technologie IMAX se lance à la présentation numérique, ce qui a poussé les puristes du cinéma à s’insurger.
En contraste à la projection analogique, une projection numérique très flexible est aussi très rentable. Ici, il peut s’avérer juste que l’un soit inférieur à l’autre, du moins en comparaison. Néanmoins, la nature de « Liemax » se restreint généralement à deux facteurs : la taille de l’écran et la résolution de la projection.

Selon les opérateurs, le plus grand écran de cinéma au monde à ce jour, mesurant 38 mètres de long et 22 mètres de haut au cinéma IMAX Traumpalast Leonberg.© Bernd WeiBbrod/dpa/Alamy Live News
Par exemple, certains écrans IMAX ont commencé à rétrécir pour accueillir d’autres projecteurs numériques moins puissants, d’où le terme péjoratif « Liemax ».
IMAX tente donc de mitiger ce problème avec le laser. Ce nouveau procédé sait remplir un grand écran IMAX de plus de 36 mètres de large : une largeur conçue afin qu’elle « remplisse » la vision périphérique du spectateur quel que soit sa place en salle.
Soyez donc assuré, un film annoncé « IMAX avec Laser » veut dire qu’il sera projeté sur le grand écran IMAX et non sur un « Liemax ».