Numéro 06

novembre 2026

Danse

Texte

Nell Desbois

Peace, Love, Unity and having fun

Kevin, alias Nawar, a toujours baigné dans le hip-hop. Depuis son arrivée en France il y a six ans, il continue d’exercer sa passion. Aujourd’hui professeur de hip-hop, il revient sur son parcours et sur l’évolution de la perception de cette discipline par le public.

Comment as-tu connu le hip-hop et quel est ton parcours ?

Sans en être conscient, j’ai toujours baigné dans la culture hip-hop que ce soit à travers le rap ou la danse. À treize ans, j’ai vu une vidéo de danse grâce à un ami, ça m’a intéressé de ouf. J’ai commencé un peu tout seul, j’ai beaucoup appris sur le tas. Je fais des battles quasiment tous les week-ends depuis six ans. J’ai aussi fait une licence d’études en danse, centrée sur l’analyse chorégraphique, le fonctionnement des compagnies, les subventions, etc. J’ai été formaté à ce niveau-là. Le hip-hop comme style de danse est très ouvert. Il y a quand même cinq disciplines : le break, le locking, le popping, la house et le hip-hop proprement dit. C’est plus facile pour toi de t’exprimer.

 » Pour moi, c’est vraiment une culture de paix. « 

Assez connu dans le monde du hip-hop, le slogan, c’est : « Peace, Love, Unity and Having Fun . Pour moi, c’est vraiment une culture de paix. On est une très grosse communauté où, en très grande partie, c’est que de la bienveillance. C’est un univers spécial où je peux me retrouver, où tout le monde se comprend parce qu’on traverse un peu tous la même chose. Et c’est toujours un plaisir d’être compris par les autres et de comprendre les autres.

© Nell Desbois

© Nell Desbois

Est-ce que tu trouves que le hip-hop est une discipline assez reconnue en France ?

Ça va. Ça va dans le sens où tu peux danser dans la rue, tu ne vas pas être arrêté ou verbalisé. Je donne cet exemple parce qu’une fois, j’ai voulu danser à Prague et la police s’est arrêtée et m’a dit que c’était interdit. Alors que je dansais sur un pont où il y avait plein de musiciens. En France, on a des lieux où on peut danser gratuitement. Par exemple ici à Lille, on retrouve le flow où, selon les disciplines, tu peux aller t’entraîner dans la salle, c’est gratuit et ouvert à tous. Après, c’est une question un peu piège parce qu’il y a des gens qui ont grandi dans le hip-hop. Ils ont eu la chance d’avoir leurs frères ou des grands de leurs cités, de leurs villages, de leurs villes qui ont pu leur apprendre. Il y en a qui ont appris grâce à des écoles de danse où il y a des professionnels qui sont là pour partager leur savoir. Et il y a aussi, l’option la plus utilisée – en tout cas pour l’ancienne génération -, qui se sont formés avec YouTube et le « hip-hop dictionary ».

Comment est-ce que le hip-hop est perçu par le public ?

C’est de plus en plus mis en avant. Il y a de plus en plus de structures. Il y a des médias maintenant où ils interrogent des danseurs, ils mettent des sujets en place qu’ils postent sur les réseaux. Il n’y en avait pas avant. En tout-cas, pas en France. Dans les battles, avant, c’était majoritairement hip-hop. Mais maintenant on essaie d’amener plus de gens et on retrouve de plus en plus des battles « all style ». Tous les styles sont mélangés sur des sons hip-hop.

 » C’est clair qu’il manque une sensibilisation à cette culture-là. « 

C’est clair qu’il manque une sensibilisation à cette culture-là. Ce ne sont pas juste des gens noirs qui font du hip-hop. Il y en a qui ont encore la vieille image de « ça vient des banlieues, c’est des voyous, ils mettent de la musique en bas des bâtiments, ils dérangent. ». Moi ce qui me dérange, c’est que ce soit trop vu comme si on était une télé. Parfois, les gens viennent, ils te filment sans permission ou ils te prennent en photo. Des fois, ils balancent leur enfant au plein milieu de notre cercle. Ils ne se rendent pas compte que ça peut être gênant. Si une équipe de foot s’entraîne, tu ne vas pas dire à ton gosse : « Ah vas-y cours sur le terrain, va prendre le ballon, va jouer avec eux. ». Les gens oublient que c’est une pratique où on s’entraîne beaucoup et ils continuent de voir ça comme si on était de la télé ou des figurants dans leur vie.

Festival Culture Urbain au Chaud Bouillon à Lille ©Nell Desbois

Festival Culture Urbain au Chaud Bouillon à Lille ©Nell Desbois

Cela dit, la danse hip-hop, peu importe de quel pays tu viens, la classe sociale, homme ou femme, c’est 100% mélangé. Il y a vraiment de tout et ça n’empêche pas pour autant que tout le monde s’entraîne ensemble. Tout le monde est vu au même niveau. C’est ça que je trouve bien avec la danse, c’est que ça regroupe tout le monde.

La Loi 1149 impose désormais un diplôme d’État pour enseigner le hip-hop. Qu’est-ce que tu en penses en tant que danseur et professeur de danse ?

C’est très problématique. J’ai une licence d’études en danse, j’ai déjà fait plein de battles, ça fait 10 ans que je danse, etc. mais il faudra que je fasse une formation payante pour continuer à donner cours. Ils ont aussi dit que selon ta notoriété, tu peux continuer ou non à donner des cours. Et c’est injuste. Une personne qui a beaucoup de notoriété, mais peu de pédagogie, peut enseigner si elle a le diplôme alors qu’une personne qui a de l’expérience depuis des années et de la pédagogie ne peut pas enseigner sans le diplôme. Si on continue de donner cours sans la formation, il y aurait une amende de 15 000 euros. C’est juste n’importe quoi.